Sous le titre anxiogène « L’Université de Montréal saisie par la mondialisation », Le Devoir publiait dernièrement le résumé d’un texte à prétention scientifique d’Éric Martin commandité par le Syndicat général des professeurs de l’Université de Montréal.

Que nous reproche l’auteur? Essentiellement, trois choses : d’être à la solde du nouvel ordre mondialisé, de rayonner par le savoir au lieu d’agir localement comme tout bon service public et, enfin, de vouloir nous réformer pour mieux répondre aux enjeux du monde d’aujourd’hui. C’est dénaturer complètement la réflexion qui a cours dans notre établissement.

Les défis

L’Université de Montréal a engagé récemment une vaste consultation auprès de sa communauté portant sur la façon de faire face aux principaux défis auxquels elle est confrontée — elle comme bien d’autres universités. Cette réflexion, menée sous le thème « Construire notre avenir ensemble », met l’accent sur les défis, nombreux, de l’université d’aujourd’hui et de demain.

Du côté étudiant, pensons à leurs nouveaux profils, à la demande croissante d’une formation tout au long de la vie, aux attentes pour une expérience étudiante enrichissante, au bassin de recrutement québécois qui plafonne, etc.

De même, les changements induits par la recomposition de l’espace-monde associée à l’ubiquité numérique sont frappants. Plus que jamais l’université, comme toute organisation publique ou privée au XXIe siècle, est inscrite dans l’espace mondial. L’insertion dans les réseaux internationaux happe professeurs et chercheurs tout au long de leur vie professionnelle, et ce, dès leurs années de formation.

Les étudiants aussi vivent à l’heure du monde. La circulation internationale des étudiants a pris une ampleur incroyable : on estime que, dans quelques années, il y aura 8 millions d’étudiants internationaux. Les étudiants de notre propre société participent à ce phénomène, y compris pour des études de baccalauréat. Aucune université ne fait abstraction de ce phénomène.

Penser notre avenir

L’Université de Montréal est-elle bien préparée pour faire face à ces défis? C’est la question que nous posons aussi bien sous l’angle de nos processus et de notre organisation administrative, que sous l’angle de notre configuration institutionnelle, qui, historiquement, n’a pas été guidée par un projet académique fondateur.

L’UdeM comme la plupart des établissements universitaires a été pensée pour le XXe siècle. Son organisation se prête mal à l’interconnexion entre les champs du savoir et au choc des expertises. Sans nécessairement redessiner complètement cette architecture institutionnelle, il nous paraît sain pour une université publique d’en discuter les fondements, au lieu de simplement vouloir la sanctuariser, voire la conserver sans autre forme de discussion.

C’est d’ailleurs ce que font les universités partout dans le monde. Car les lignes ne bougent pas qu’ici. Dans de nombreux pays, on considère que certaines universités sont aux avant-postes pour se distinguer au plan international. Des politiques spécifiques visent à permettre à celles qui réunissent les conditions pour s’affirmer plus distinctement à l’échelle internationale de confirmer leur positionnement, souvent en y concentrant des ressources supplémentaires.

Pourquoi en irait-il différemment pour Montréal, deuxième ville universitaire en Amérique du Nord? Pourquoi se refuser à une telle réflexion pour l’Université de Montréal, reconnue comme le premier centre de formation et de recherche en importance au Québec, voire dans la Francophonie? L’UdeM, comme les principales universités canadiennes, n’est-elle pas clairement sur l’échiquier mondial?

Oui à la délibération et non aux anathèmes

Nous avons entrepris cette réflexion collective sans avoir une ou des réponses toutes faites à la clé. L’Institut du Nouveau Monde organise et encadre la vaste consultation qui a été entreprise. Jusqu’à présent, près de 4 500 personnes, dont de nombreux professeurs, ont participé à l’exercice d’une façon ou d’une autre et nous estimons qu’à la fin avril, quelque 150 personnes ou groupes auront déposé un avis, une lettre, un mémoire ou une opinion dans le site Web prévu à cette fin. Nous avons même étendu la période de consultation, à la demande, notamment, d’associations et de syndicats du campus.

Dire, comme le fait M. Martin dans sa lettre au Devoir, que l’on cherche à « réorganiser l’université pour qu’elle corresponde à un modèle que l’on pourrait appeler utilitaire et commercial », ou que l’on « se détourne des idéaux de démocratie interne, d’indépendance ou de service public » est parfaitement risible, parce qu’à mille lieues de notre démarche.

Affirmer que l’on renonce au statut de service public et que l’on se « détache de [notre] communauté d’origine » est invraisemblable. L’Université de Montréal regroupe le quart de tous les étudiants universitaires au Québec et c’est l’université qui accueille le plus grand nombre d’étudiants québécois de première génération. Et nous en sommes fiers!

Ce qui guide au premier chef notre démarche, c’est le savoir. Comment en favoriser le développement dans sa dimension aussi bien fondamentale qu’appliquée? Comment en garantir l’indépendance, tout en l’inscrivant pleinement dans le réseau des échanges? Et surtout, comment en assurer le progrès et la transmission au profit de notre société? Une société qui, disons les choses avec franchise, entretient aujourd’hui beaucoup de méfiance à l’endroit de ses établissements universitaires.

Notre démarche est ainsi motivée par des contraintes qui ont une « saveur » bien locale. Ce que voulons éviter, c’est le lent déclin de l’Université de Montréal dans un contexte mondial incroyablement évolutif.

Ce déclin menace toutes les universités québécoises. Si rien n’est fait, cela touchera d’ici quelques années l’ensemble de notre société, tant il est vrai que le développement et la santé d’une démocratie moderne sont déterminés par le développement et la santé de ses universités. L’Université de Montréal a décidé, elle, de faire quelque chose.

 

Le vice-recteur au développement académique
et à la transformation institutionnelle,

Gérard Boismenu